Dimanche, la Choupi s'est faite virer !

Raison invoquée : elle a eu l'outrecuidance de vouloir quitter à l'heure.

Sur le contrat, il était parfait pour elle ce petit boulot : vendeuse en boulangerie, 1 week end sur 2, payée au SMIC, + 20% le dimanche, de quoi subvenir à ses envies de voyages. En parents conscients de la réalité du monde du travail, on l'a encouragée : expérience, autonomie financière, cotisations pour la retraite, sens de l'effort, toussa toussa.

Elle a donc commencé en août. Et comme c'était août, on lui a demandé de travailler un peu plus que le week end, soit toute la semaine. Elle a donc fait 10 jours, début de la journée entre 7h30 et 8h, fin après 20h, on trouvait déjà l'amplitude horaire assez grande, surtout sans pause, mais bon, la paie n'en serait que plus importante. Haha !

Elle attendait (et nous aussi) ce jour de première paie avec impatience. Aaaah, ce sentiment d'être riche le jour de la 1ère paie !

En lui donnant son chèque le 5 septembre, on lui a fait signer une fiche d'heures. Et là, elle a commencé à tiquer en constatant que le compte n'était pas juste. On a fait le calcul à la maison : 7h30 de moins que les heures effectuées, plus 2h amputées sur la journée du 15 août (payée double ce qui fait donc 4h). Sur 10 jours travaillés, ça commence à faire une différence de taille !

L'erreur est humaine, elle a demandé des explications à la patronne le lendemain : Oui, mais non, les heures de ménage du soir, ce n'est pas mon problème, c'est parce que vous êtes mal organisée(s), faut pas exagérer non plus, et puis pour les 2h du jour férié je préfère vous donner une enveloppe, et puis vous savez moi je récompense les bons employés par des primes.

Evidemment on a lu les conventions collectives des métiers de la boulangerie, évidemment c'est complètement hors code du travail, évidemment les heures de ménage doivent être payées, évidemment les horaires doivent être respectés, évidemment elle attend encore son enveloppe, évidemment bienvenue dans le monde du travail !

Précisons que cette boulangerie-salon de thé est une institution dans la ville, elle figure dans tous les guides touristiques comme une référence. 

Après réunion de crise à la maison, la Choupi décide qu'elle va continuer quand même, mais que finies les heures sup' gratuites, elle quittera à l'heure indiquée sur son contrat de travail.

Ça a duré le temps d'un week end, encouragée par les collègues "anciennes" (t'as bien raison de partir à l'heure, nous ça fait 20 ans qu'on se fait avoir on peut plus rien dire)...

Le week end dernier elle a traîné des pieds pour y aller. Elle en a même pleuré. Beaucoup trop de larmes pour un boulot d'étudiant. 

Et quand elle a enfilé son manteau à 19h40, la "patronne" lui est tombée dessus Mais qu'est-ce que vous faites ? le ménage n'est pas fini et ça ne se fait pas de laisser ses collègues Excusez-moi mais il est 19h40 et j'aurais dû quitter depuis 10 min Oui mais ce n'est pas possible Oui mais moi je ne travaille pas gratuitement, je veux bien faire le ménage mais si vous me payez Ah oui mais alors on ne va plus pouvoir travailler ensemble C'est pas grave j'irais travailler chez qq'1 qui respecte le code du travail

Vendredi elle ira chercher son chèque. Avec son papa (sa maman est trop sanguine). Elle a déjà beaucoup subi toute seule. Et puis un témoin peut être utile. 

Je ne suis pas née de la dernière pluie mais ça me met toujours autant en colère. Quelle honte de devoir se battre pour que les heures de travail soient payées. Quelle honte d'exploiter les gens parce qu'ils ont besoin de travailler. Quelle honte le pouvoir du capitalisme.

oOo